Après la législation de 1973 sur la podiatrie au Québec

En 1973, la Loi sur la podiatrie était promulguée. La podiatrie venait de naître au Québec et le nom de podiatre désignerait désormais le professionnel s’adonnant à cette pratique.

 

Dès lors, il fallut que l’Office des professions du Québec instaure un mécanisme d’admission à la profession. En effet, l’accès à la podiatrie n’était pas automatique, une clause « grand-père » ne s’appliquait pas au Québec. Certes, ceux qui désiraient intégrer le nouvel Ordre professionnel devaient être en mesure de prouver avoir pratiqué avant une certaine date antérieure à la Loi, mais il fallait aussi qu’ils se soumettent à un examen d’admission.

 

L’Office des professions reconnaissait les trois associations en place comme étant les interlocuteurs valables pour l’ensemble des podiatres. Il choisit donc un expert examinateur par association, dont Claude Laliberté, DPM, Marc Desforges, podiatre, et Jean-Guy Lambert, podiatre, les trois ayant été un jour ou l’autre présidents de leur association respective. Le processus d’examen s’est alors enclenché et pour plusieurs, il fut particulièrement difficile. Initialement, 350 personnes firent une demande d’admission à l’Ordre. Les candidats ont alors dû faire face à un processus d’examen exigeant et surtout stressant, car pour ces praticiens adultes, cet examen représentait soit la fin, soit la poursuite de leur pratique. Cet exercice unique n’a évidemment pas fait l’unanimité. Il a toutefois permis d’offrir au public du Québec un noyau de professionnels possédant les compétences minimales nécessaires à la pratique sécuritaire de la discipline. Après le premier examen, à peine 70 professionnels furent nommés podiatres. On jugea que ce nombre était insuffisant et un programme de recyclage d’une année a donc permis à un groupe additionnel de 70 personnes d’être reconnues comme des professionnels de la podiatrie. Ce programme fut administré par le nouvel Ordre professionnel, sous la supervision de l’Office des professions du Québec. À la fin du programme, en 1974, l’Ordre des podiatres comptait donc dans ses rangs 140 podiatres, détenteurs d’un permis de pratique valide.

 

Le premier président de l’Ordre, nommé par l’Office des professions, Dr Claude Laliberté, Podiatre, devait s’acquitter d’une tâche d’envergure : la mise en place des règlements de l’Ordre des podiatres. Il serait aussi le premier à devoir veiller à la gestion des affaires courantes de l’Ordre. Le présidence du Dr Laliberté fut de courte durée; à peine quelques mois. C’est donc à son successeur Paul-André Mathieu, podiatre, que revint la tâche d’élaborer les premières structures réglementaires de l’Ordre des podiatres.

 

Un autre besoin fut rapidement cerné par l’Ordre : il fallait offrir un programme de formation générale qui permettrait aux nouveaux podiatres de parfaire leur niveau de formation. On chercha donc à trouver un programme universitaire étranger, en s’assurant qu’il était adapté aux besoins de ces podiatres du Québec. À la quête d’un tel programme, l’Ordre des podiatres se tourna vers les collèges américains en podiatrie, afin de vérifier si une telle structure académique existait. Le Collège de médecine podiatrique de New York NYCPM confirma qu’un tel programme de mise à niveau avait été donné dans le passé et pourrait être rétabli pour les podiatres membres de l’Ordre des podiatres du Québec. Donc, vers la fin des années 1970, sous la gouvernance de l’Ordre des podiatres, le Collège de médecine podiatrique de New York a ramené ce programme et a mis sur pied une structure académique grâce à laquelle le corps professoral complet du NYCPM a transmis ses connaissances podiatriques sur une période d’une année, en 1982. La certification porta alors le nom de Advance Standing in Podiatric Medecine (ASPM) et, à mon avis, ce programme fut hautement apprécié par les membres de l’Ordre, tant sur le plan de la qualité de l’enseignement que sur celui de la quantité de notions transmises.

 

Au fil des ans, la réglementation finit par s’achever, établissant par le fait même les devoirs et les obligations des podiatres. Toutefois, quelques règlements demeuraient en attente d’une décision. Parmi ceux-là, le règlement sur « la reconnaissance des diplômes étrangers » fut de loin le plus décisif pour l’avenir de la podiatrie au Québec. Le règlement établissait et reconnaissait, pour la première fois, qu’un seul diplôme étranger pouvait légalement mener à l’obtention d’un permis de pratique au Québec, ce diplôme étant le Doctorat en médecine podiatrique (DPM). Le gouvernement, par le biais de l’Office des professions du Québec, venait donc de reconnaître que la podiatrie, au Québec, devait nécessairement passer par la formation universitaire. En tant que président de l’Ordre à l’époque, je donnai donc mon aval à la demande expresse et finale de l’Office des professions. La promulgation de ce règlement sera déterminante pour l’avenir de la profession; la voie sociétale était tracée. C’est au début des années 1990, presque 20 ans après la reconnaissance légale de la profession, qu’il fut enfin promulgué. Fait à remarquer : cette décision de l’Office des professions et du gouvernement a, entre autres, été prise pour accorder aux podiatres du moment ce qu’ils recherchaient désespérément : un portail d’accueil universitaire (voir plus loin : Historique et cheminement du dossier de la formation des podiatres).

 

Un autre fait marquant de l’histoire de la podiatrie au Québec : l’aventure internationale. Quoique l’administration stricte de la profession au Québec ne requiert pas de s’intégrer aux organismes nationaux tels que la Canadian Podiatric Medical Association (CPMA) ou aux organismes internationaux tels que la Fédération internationale des podologues (FIP), plusieurs Ordres professionnels maintiennent des liens avec d’autres organisations sœurs de leur profession depuis longtemps. C’est d’ailleurs grâce à ces liens que le Québec est parvenu à obtenir le privilège d’être l’hôte de ces congrès internationaux. En 1995, l’Ordre des podiatres du Québec s’est joint à la Fédération internationale des podologues (FIP), un organisme regroupant 19 pays. Le but avoué était de recevoir au Canada le Congrès international en podiatrie, sous la supervision de l’Ordre des podiatres du Québec. On choisit Montréal comme ville hôte, à la suite d’un processus s’étant échelonné sur une dizaine d’années et ayant mené à un consensus parmi les membres et les associations canadiennes. Le Congrès international de la FIP, prévu pour l’an 2000, fut octroyé à l’unanimité à l’Ordre des podiatres du Québec lors de la réunion générale annuelle de 1995 des pays membres de la FIP, à Göteborg, en Suède. Il fut établi que c’est au Palais des congrès de Montréal que le Congrès international de podiatrie de 2000 se déroulerait. La directrice des marchés internationaux du Palais des congrès a, par la suite, confirmé qu’il représenterait des retombées de trois millions de dollars pour la ville de Montréal. J’eus même le privilège de recevoir la distinction d’Ambassadeur accrédité du Palais des congrès de Montréal pour être parvenu à faire en sorte que Montréal soit l’hôte d’un tel événement.

 

Cependant, malgré les apparences de réussite, l’Ordre connaissait des moments sombres à cette époque. En effet, au sein du bureau de l’Ordre des podiatres, de grandes tensions s’installaient. Les détails de ces épisodes figurent encore au livre des minutes d’assemblée du bureau de l’Ordre des podiatres. Quoi qu’il en soit, une élection partielle a eu lieu le 10 juin 1994 suivant le départ du vice-président de l’Ordre des podiatres, M. Gérard Allart, et M. François Allart, Marc Gendron et André Benoit étaient élus à titre d’administrateurs. Ces bouleversements donnèrent naissance à un climat politique mouvementé.

 

À mon retour, soit le 11 mai 1995, je rendais ma démission en tant que président, expliquant aux électeurs les raisons motivant ma décision. Premièrement, je dénonçais certains actes ayant été commis en mon absence et que je désapprouvais ouvertement. Les autres raisons étaient liées au fait que, après avoir cumulé quinze années au bureau de l’Ordre, dont les cinq dernières à la présidence, je me voyais très mal cheminer au sein de cette nouvelle administration. Je me suis cependant retiré avec le sentiment du devoir bien fait, car le dossier de l’élaboration d’une formation universitaire était bien amorcé et l’obtention du Congrès international avaient été des réalisations majeures.

 

Après mon départ, c’est l’ex-vice-président qui est devenu le président. C’est donc sous la présidence de Gérard Allart que l’Ordre me convoqua pour venir expliquer les raisons qui me poussaient à être en faveur du maintien du Congrès international. Je me suis présenté, mais j’étais d’avis que, vu notre retrait plutôt brusque de la FIP, il ne fallait pas s’attendre à autre chose qu’un rejet du Congrès.

 

À cette réunion, l’une des principales raisons évoquées par ceux qui étaient en défaveur du Congrès fut le risque que constituerait la venue de podologues étrangers potentiellement intéressés à pratiquer illégalement au Québec. Je n’ai pu m’empêcher de trouver ces commentaires injustifié et sans aucun fondement, d’autant plus que pour les soutenir, on citait certains cas d’illégaux locaux qui n’avaient aucun lien avec un tel congrès. J’ai alors compris que ni la FIP ni le Congrès n’intéressaient ce bureau. Le Congrès international fut donc annulé, de même que l’adhésion du Québec à la FIP.

 

Ce sont les États-Unis qui héritèrent du Congrès perdu par Montréal, qui eut finalement lieu à Boston en juillet 2004. Il s’est agi d’un rendez-vous international raté, pour Montréal, pour les Canadiens, mais surtout pour les podiatres du Québec. Aujourd’hui, les États-Unis sont membres de la FIP, tout comme les DPM membres du CPMA. Sur la scène internationale de la podiatrie, les non DPM du Québec sont donc malheureusement laissés pour compte.

 

Dans le chapitre particulier de la formation universitaire, il aura fallu attendre 20 ans après la création de l’Ordre des podiatres en 1974 pour que, grâce aux efforts concertés de plusieurs podiatres, la profession jouisse de son espace universitaire. Je citerai M. Erol Frechette, président du Conseil interprofessionnel du Québec à l’époque : « Il importe que l’Université fasse sienne l’atteinte de l’objectif d’offrir la formation podiatrique au Québec ».

 

Cette volonté me fut confirmée dans une lettre de la part de l’Université du Québec à Trois-Rivières le 29 juin 1994, alors que j’étais toujours président. L’institution trifluvienne y exprimait qu’enseigner la podiatrie s’inscrivait bien dans sa volonté de développer des disciplines complémentaires à la carte des programmes de santé.

 

À partir de ce moment, il s’agissait réellement d’un dossier universitaire. L’université devait, en effet, franchir les étapes d’approbation une à une. D’abord l’initiative devait être soumise à la Commission d’évaluation des projets de programmes de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ). Puis, l’Office des professions a dû émettre son avis quant à la conformité du programme aux lois québécoises relatives aux professions et à la santé. Ensuite, il fallut obtenir la recommandation du Comité des programmes du ministère de l’Éducation au ministre de l’Éducation d’autoriser, dans le cadre des règles budgétaires, le financement des effectifs étudiants du programme de doctorat en podiatrie élaboré par l’UQTR. Et enfin, ce fut l’annonce ministérielle.
Pour plus d’informations sur le dossier de la formation universitaire, je vous invite à lire l’Historique et cheminement du dossier de la formation universitaire des podiatres, au Québec, de 1974 à 1995.

 

Par
Marc Tranchemontagne, podiatre
Ex-président, Ordre des podiatres du Québec, 1990-1995

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